— Oh ! Guillemette, vous ne permettriez sûrement pas ce que Régine a… accepté tantôt !
Un pli de dédain crispe, une seconde, la bouche de Guillemette :
— Ah ! Dieu, non, je me mépriserais trop ensuite… Mais, après tout, si j’avais une mère comme Mme de Vausennes, est-ce que je sais ce que je ferais, puisque je vaux si peu malgré tous les soins de maman ?… Tout de même, vous ne pouvez vous imaginer, M’selle, à quel point c’est moralisant de voir une scène inconvenante !
— Je ne comprends pas ! avoue Mademoiselle interloquée.
— C’est que je m’explique mal… Rappelez-vous les ilotes de Sparte grisés pour l’édification des petits Spartiates… Et puis, maintenant, je vous laisse à vos réflexions… Il faut que j’aille m’habiller pour le dîner… Oh ! M’selle, vous me faites l’effet d’un ange. Et il y a des moments où c’est particulièrement délicieux de voir un ange… Ça purifie !
D’un élan, elle est debout, effleure d’un baiser le visage de Mademoiselle ; et, sans se retourner, remonte sur le sable, la tête un peu inclinée. Jamais le souvenir de l’audace du prince ne lui a été plus pénible… Elle voudrait tant, tant ! que cela n’eût pas été. Et surtout par sa faute !…
Mademoiselle, restée seule sous la tente, est très perplexe et très malheureuse. Sa délicate conscience lui commanderait d’ouvrir les yeux trop confiants de Mme Seyntis. Et, d’autre part, elle ne peut trahir Guillemette… Pourtant si, par malheur, la contagion du mauvais exemple allait l’atteindre !… Quelle responsabilité !… La scrupuleuse Mademoiselle ne sait que décider ; et elle est tellement absorbée dans ses réflexions qu’elle ne voit pas approcher René Carrère qui revient de promenade. Elle sursaute de l’entendre dire :
— Vous êtes seule ? mademoiselle. De quel air grave vous travaillez !
Positivement, l’oncle René apparaît soudain à Mademoiselle comme un ange sauveur, un ange qui serait en tenue de cheval et un peu poudreux… Cependant elle hésite encore à l’initier à ses inquiétudes ; il l’intimide beaucoup… Puis, soudain, sans qu’elle sache comment la chose s’est faite, l’aveu de sa crainte lui jaillit des lèvres :
— Monsieur, voudriez-vous me permettre de vous demander un conseil ?