— Oncle, nous marchons, n’est-ce pas ?

Ce n’est peut-être guère sage de s’accorder ainsi la douceur d’une solitaire causerie avec elle, à cette heure du crépuscule qui fait les âmes plus proches… Pourtant, sans hésiter, il répond, usant d’un ton paternel :

— Je suis à vos ordres, petite fille.

— Alors, filons, mon oncle.

Et ils partent d’une vive allure, comme elle l’a souhaité. Ils ont le même pas rythmé d’êtres souples et jeunes, en qui palpite, ardent, le flot de la vie. Cette course rapide, ensemble, réveille en leur pensée le souvenir du soir où ils ont ainsi marché, l’un près de l’autre, après qu’un instant, il l’a tenue blottie contre lui, comme un trésor perdu et retrouvé… Et René se rappelle quelle allégresse éperdue chantait alors en lui ! Il a été un peu fou, ce soir-là !

Près de lui, s’élève la voix fraîche, avec l’accent même qu’il a tant souhaité lui entendre :

— Oncle, c’est triste que vous partiez ! Nous allions être si bien entre nous, maintenant que les invités de maman se font rares !… Si vous restiez encore un peu… Dites ?

— Ce n’est pas possible, Guillemette, il faut que je je parte !

Sans en avoir conscience, il a appuyé sur ces mots : « il faut ». Il s’en aperçoit à la surprise qui passe dans les yeux qu’elle lève vers lui, une seconde. Elle a eu cette même expression, interrogative presque gravement, lorsque, pendant le déjeuner, elle a appris son départ.

— Ah ! il faut ?… C’est vrai, vous êtes attendu, avez-vous dit ?