Elle a caché son visage dans ses mains. Entre les doigts, il voit filtrer des larmes. Si bas, qu’à peine il l’entend, elle dit :

— Je ne les ai pas brûlées… Elles sont demeurées telles qu’elles sont arrivées, closes…

— Eh bien… il faut les ouvrir… et les lire. Alors vous jugerez et, je l’espère pour votre bonheur, vous pardonnerez… Tous, plus ou moins, nous avons tellement besoin de pardon et d’indulgence… C’est insensé, ce rêve de trouver la perfection dans les êtres que nous aimons par-dessus tous les autres… Nous non plus, nous ne leur apportons pas la perfection…

Tandis qu’il parle, se jugeant sans merci, il revoit soudain la plage d’Houlgate, déserte dans le jour mourant ; il entend Guillemette dire, comme lui aujourd’hui, qu’il faut savoir pardonner.

Ah ! maintenant, comme il l’a cherché, il est bien loin d’elle… Que dirait-elle, si elle savait ?… Elle ne pourrait plus lui reprocher d’être « trop sage »…

Mais ici, près de Nicole, il n’a pas le droit de penser à elle. Il se lève et se rapproche de la jeune femme qui est immobile, ses deux mains voilant toujours son visage.

— Nicole, à moi aussi, il faut pardonner. Et puis, je vous en supplie, et c’est mon adieu, pensez à ce que j’ai cru devoir vous conseiller… parce que, de toute mon âme, je désire vous voir heureuse.

Elle a un frisson ; puis elle relève la tête et interroge :

— Vraiment vous pensez que je dois l’écouter, lui ?

II incline la tête, un sceau sur les lèvres.