Elle a un rire sec où sanglote sa désespérance :

— C’est vous qui me conseillez cela ?… Vous qui, il y a un instant…

Le visage de René s’altère encore plus.

— Nicole, j’étais fou et je ne suis pas seul responsable… Vous le savez bien !… Vous m’aviez fait perdre la raison… Car je vous jure que, de toute ma volonté, du jour où je vous ai retrouvée, j’ai uniquement souhaité voir en vous la femme qui aurait pu être ma fiancée… Mais vous m’avez tenté… et je ne suis pas plus fort que les autres !

Elle murmure amèrement :

— Qui donc est fort, grand Dieu !… quand la passion souffle !… Nous sommes alors de pauvres choses emportées par un torrent… Nous ne sommes plus qu’une souffrance ou une joie, dans laquelle notre être s’absorbe !

Il sent qu’elle parle avec le souvenir de cet homme qu’elle a essayé, en vain, de rejeter de sa vie où il demeure le maître de son cœur, de sa pensée, de sa chair, si profondément qu’elle n’a pu, même le voulant, faire le don d’elle-même à un autre… Et il se domine, avec une âpre joie d’en souffrir :

— Nicole, pour être certaine de n’avoir rien à regretter par votre faute, si votre mari vient à vous, ne le repoussez pas sans l’entendre… S’il vous écrit de nouveau…

Et son regard se pose sur l’enveloppe fermée.

— … lisez sa lettre… Ne la brûlez pas comme les autres…