— … Soit, elle ne songe pas à vous… Mais peut-être vous, encore, vous pensez à elle… Êtes-vous donc sûr de l’avoir oubliée ?… Êtes-vous sûr de ne pas la regretter près de moi, si vous la retrouvez belle comme vous l’avez vue à Saint-Jean-de-Luz… où vous avez passé des jours et des jours ensemble…

Il voit le doute trembler encore dans l’eau sombre des yeux. Et lui, si dédaigneux de tout danger, est bouleversé tout à coup d’une terreur affolée de la perdre s’il ne parvient à écarter l’ombre qu’elle devine entre eux, dans sa prescience de femme… C’est à lui qu’il appartient de conquérir son bonheur, celui qu’il veut donner à cette créature chérie, devenue pour lui l’Unique… Alors, avec une autorité tendre, il reprend les deux mains qu’il sent palpiter dans les siennes ; fort de son amour dont la flamme a brûlé les souvenirs mauvais, il répond, et son accent a une sincérité grave :

— Écoutez-moi, Guillemette, vous qui êtes pour moi ce que nulle femme n’a jamais été, vous à qui j’offre tout ce que mon cœur, mon esprit possèdent de meilleur… Et comprenez-moi, pour que, jamais plus, vous ne soyez effleurée d’une inquiétude au souvenir des quelques jours où j’ai vécu près de Nicole… Ma petite aimée, quand je suis arrivé à Saint-Jean-de-Luz, je vous fuyais…

— Vous me fuyiez ?… moi ?… Oh ! pourquoi me fuyiez-vous ?…

— Je venais de m’apercevoir tout à coup que je vous aimais… Ah ! bien autrement que je ne le croyais !… Comme je m’imaginais n’en avoir pas le droit… puisque vous ne partagiez pas cet amour…

Si bas, qu’à peine il l’entend, ses lèvres articulent lentement :

— Que pouviez-vous savoir ?… Alors que moi-même je ne savais… rien… Et puis… dites… après ?

— Et puis, par hasard, j’ai retrouvé Mme de Miolan… alors…

Il s’arrête une seconde… De toute son âme, elle écoute… Et incapable de lui dire un mot qui ne soit pas la vérité, il reprend :

— Alors, comme toute ma volonté avait été impuissante à me détacher de vous, ainsi que je m’en figurais avoir — absurdement ! — le devoir… alors, Guillemette, je suis resté près d’elle, espérant que sa présence m’aiderait à échapper au rêve qui me hantait…