II se souvient trop d’une heure, proche encore, pour supporter de l’entendre parler de la sorte.
— Guillemette, je vous en conjure, ne dites pas de pareilles folies !… De nous deux, c’est moi… ah ! je le crains bien !… qui suis le moins sage, celui qui mérite le moins son bonheur… Mais…
Et il a ce sourire qui donne tant de charme à son visage énergique :
— Mais… vous ne pouvez trop me reprocher d’être sans le moindre piédestal, puisque vous préférez les hommes très loin de la perfection… Vous m’en avez fait l’aveu, cet été.
Elle a un léger frisson :
— Il ne faut plus parler de l’été, de mon bel été lumineux… le dernier où j’ai ignoré le chagrin… Cela me fait trop mal… En ce moment, je ne peux pas regarder en arrière… Parlez-moi seulement de l’avenir où vous voulez m’emporter, de vous… Dites-moi encore que…
— Que votre grâce m’a transformé, mon enfant chérie. Vous avez chassé le vieil homme dont la froideur, les idées étroites, les raides principes vous faisaient peur, vous révoltaient… Il y a quelques mois, aux Passiflores, vous m’avez dit… vous en souvenez-vous ?… que vous voudriez être aimée follement de celui à qui vous vous confieriez… Et quand je regarde en moi, je vois que c’est ainsi que je vous aime… Et encore, avec tout mon respect, toute ma foi, toute mon adoration… Dans mon cœur, je ne vois plus que vous, vous seule, ma Guillemette…
— Plus que moi ?… Mais… mais Nicole ?…
— Nicole ?… Ah ! Nicole !… Elle est réconciliée avec son mari et ne songe plus guère à nous… à moi…
Aux autres, c’est possible… A lui, certainement elle songe parfois ; car elle le lui a écrit, c’est à lui qu’elle doit d’avoir sacrifié son orgueil et recommencé la vie où était son bonheur…