Il se penche un peu vers elle :
— Alors vous croyez que c’est ma « bonté », pour parler votre langage, qui me fait considérer comme mienne l’épreuve dont vous souffrez et me donne soif de tenter l’impossible pour vous l’alléger…, qui me rendrait capable, pour cela, de sacrifier n’importe quoi… n’importe qui !…
— C’est aussi parce que vous avez une grande affection pour moi !…, fait-elle, la voix assourdie tout à coup, et dégageant sa main qu’il avait gardée.
— C’est parce que vous êtes la créature qui m’est le plus chère au monde… Guillemette, mais vous ne devinez donc pas que je vous adore ?…
Elle a un frémissement de tout l’être et il lui revoit cette même expression de sphinx qu’elle avait aux Passiflores, le matin après son retour, quand elle lui parlait de Nicole ; les mêmes yeux interrogateurs, profonds, lumineux où la pensée jaillit de l’âme, tandis qu’elle murmure passionnément :
— Ah ! mon oncle… mon oncle, pourquoi dites-vous cela !!!
— Pourquoi ?… Parce que je voudrais enfin…, enfin ! avoir le droit de vous aimer, de vous garder comme mon enfant, comme mon amie… comme mon trésor… comme…
Il s’arrête un peu ; et plus bas, d’un accent où supplie le cri de son amour, il finit :
— De vous aimer comme ma femme… Guillemette, est-ce que je souhaite l’impossible ?
— Mais… mais, mon oncle, ce qui est impossible, c’est que vous pensiez ainsi à moi !… Je suis si peu la femme que vous désirez rencontrer !… Vous êtes tellement plus sage, tellement meilleur que moi !…