Cependant, Mme Seyntis, lamentable, roule vers sa somptueuse demeure… La voiture s’arrête. La mort dans l’âme, elle rentre dans le petit salon où Guillemette fait vaguement du filet, — c’est la mode, — gagnée par l’agitation d’André qui se meut, tel un écureuil dans une cage, l’air si bourru, que Mad n’ose plus lui faire part de sa tendre sympathie.

Tous trois ont la même interrogation :

— Eh bien ? mère.

— Ah ! mon pauvre enfant, tu avais raison : ta version est pleine de contre-sens, et ton devoir français est un des plus mauvais que tu aies faits !

Tableau ! André est furieux contre les examens, les professeurs, les travaux supplémentaires qu’il entrevoit… — pas contre lui-même. Mme Seyntis est très émue. Mad repleure. Guillemette pense que les garçons semblent avoir été créés pour jeter la perturbation dans les familles.

....... .......... ...

Ils sont pénibles, les jours qui suivent, en attendant que le jury ait définitivement décidé du sort d’André. M. Seyntis, retour d’Angleterre, a fulminé contre son héritier, justement responsable de la catastrophe. Sans grand espoir d’un miracle, Mme Seyntis a pieusement redoublé ses invocations aux saints, protecteurs des examens. André est allé déjeuner avec les vicaires de sa paroisse ; et il a été gratifié de si paternels encouragements qu’il est tout prêt à croire que, par pure malice, M. Rochet lui a découvert des contre-sens. M. le curé lui-même, — à qui depuis sa tendre enfance sa mère l’envoie déverser les secrets de sa jeune conscience, — n’a pas semblé, du tout, considérer la partie comme perdue.

Tout de même, il voudrait bien avoir la certitude que la bonne chance l’a favorisé, si peu qu’il l’ait aidée. Or, cette douce espérance, un entretien avec M. Rochet la lui enlève et son dernier mot, alors qu’il part chercher son arrêt, est celui-ci :

— Vous savez, maman, ne vous attendez à rien de bon ! Je suis fichu !

Mme Seyntis en a terriblement peur. Aussi, c’est avec une vraie fièvre que, ce matin-là, elle donne ses ordres et remplit, avec son habituelle conscience, ses devoirs quotidiens de maîtresse de maison. A toute minute, ses yeux vont à la pendule… André arrive… Il va savoir… Et elle aussi saura… Maintenant, il est inutile d’invoquer les puissances célestes !