En effet, comme d’ordinaire, Mme Seyntis, aiguillonnée par la crainte d’être en retard, est de beaucoup en avance. La gare est encore à peu près sevrée de voyageurs. André en profite pour observer, à son aise, les manœuvres des employés et se campe mal à propos sur leur chemin, quand ils évoluent avec des marchandises à charger. Mad le suit comme toujours. Guillemette, frottant l’asphalte du bout de son ombrelle, se demande, curieuse, si elle va retrouver le sérieux oncle René d’autrefois… Et Mme Seyntis songe à s’asseoir, car son émotion lui donne une soudaine lassitude.
Un voyageur a encombré le banc de ses paquets et a l’air très mécontent que Mme Seyntis manifeste l’intention d’y prendre place. Elle, d’ordinaire, est la mansuétude même ; mais l’arrivée de son frère lui donne des nerfs très vibrants. Comme ce voyageur n’a pas l’air de se douter qu’il devrait écarter son chargement, elle repousse les paquets sans plus de cérémonie.
L’homme tressaute.
— Mais, madame, prenez garde ! Ce sont des marchandises qui payent…
Mme Seyntis regarde de haut en bas cet inconnu qui se permet de lui parler ; et elle réplique vertement, — le sans-gêne lui est odieux :
— Les bancs sont pour les voyageurs, non pour les marchandises !
Et elle s’assied à la place qu’elle s’est faite. Elle est un peu rouge, parce qu’elle déteste se voir en évidence et vient de remarquer que des voyageurs ont entendu le colloque et sourient. D’elle ? de ce malotru ? Pendant une seconde, Mme Seyntis est si contrariée de l’incident qu’elle en oublie son cher voyageur.
Mais André revient affairé.
— Le train est signalé. Vous entendez ? maman.
Mme Seyntis n’entend rien du tout. Mais cependant elle se lève comme si la locomotive entrait en gare. Guillemette vient près d’elle. D’un geste machinal, elle relève de petits cheveux sur sa nuque.