Un sifflement aigu, un panache de fumée, un bruit sourd qui grandit et le train arrive en grondant. Des portières s’ouvrent ; Mme Seyntis est toute pâle et mordille sa lèvre qui tremble.
— René ! Ah ! voici René !
Et oublieuse de sa réserve coutumière, elle court vers le voyageur qui saute de wagon, et l’embrasse avec effusion, sans souci des regards.
Discrètement, Guillemette, Mad, André sont restés un peu en arrière ; mais tous trois contemplent leur oncle avec un juvénile intérêt.
II est grand, brun, a des yeux très noirs, un teint brûlé qu’accentue l’éclair d’ivoire de très belles dents et la blancheur immaculée du col qui enserre le cou ; une tenue de clubman élégant et correct, — aucune recherche de chic, — avec ce quelque chose qui trahit l’officier en civil.
C’est à peu près ainsi que Guillemette se le rappelait. Pourtant, elle ne le voyait pas si bronzé et elle lui croyait l’air plus froid, plus sévère. Il est vrai qu’en ce moment, il sourit en tenant les deux mains de Mme Seyntis, dont les joues, maintenant empourprées, sont humides.
Elle est tellement toute à la joie de ce retour, qu’elle en accepte sans contrariété l’annonce que son mari, retenu pour affaires, ne pourra arriver que le lendemain. Elle répète, comme le cri même de son cœur :
— René ! mon René !… Quel bonheur de te retrouver !… Mais j’oublie de te présenter tes neveu et nièces !… pense-t-elle soudain.
— Laisse-moi les reconnaître ! Marie… Ce grand garçon, c’est André… Et celle-ci, ce doit être la jeune Mad… Et… est-ce que vraiment cette belle demoiselle est ma nièce Guillemette ?… Ah ! le temps !… le temps !… Il y a décidément bien des années que je suis parti… Je peux embrasser ? Marie.
— Mais bien entendu ! Quelle question !