— Vous permettez aussi ? Guillemette. En l’honneur de mon arrivée.

Elle lui tend ses joues fleurant l’œillet et la jeunesse ; et elle éprouve une bizarre impression de surprise, à sentir sur son visage l’attouchement de ces lèvres masculines, le frôlement de la moustache qui garde un parfum vague de bon cigare.

C’est qu’aussi l’oncle René ne la tutoyant plus, la traitant en grande personne, lui paraît un étranger, un oncle tout neuf dont elle ne sait rien, si ce n’est qu’il a l’air de la trouver gentille à voir. Cela ne lui est pas désagréable du tout ; et avec une bonne grâce parfaite, elle accepte le regard attentif, étonné, pénétrant des yeux noirs, qui semble vouloir aller jusqu’au fond de l’âme.

— Laissez-moi vous contempler un peu, Guillemette. Je ne sais pourquoi, je n’avais pas pensé que je vous retrouverais une jeune fille. Quel âge avez-vous donc ?

Elle a un rire léger, amusée de la question qui lui rappelle le temps où elle était une petite fille très indisciplinée, souvent morigénée par l’oncle si sage.

— J’ai pris des années, mon oncle. J’ai passé les âges qui s’avouent en dehors de la famille. Mes dix-huit ans sont venus en janvier dernier.

— Mes compliments, ma nièce. Vous êtes décidément entrée dans le clan des personnes sérieuses.

— Hum ! hum ! fait, avec un peu de malice, Mme Seyntis chez qui l’arrivée de son frère semble ranimer la gaîté de sa jeunesse.

— Maman, maman, ne soyez pas taquine et reconnaissez que vous pourriez avoir une fille beaucoup plus détestable ! Je m’applique à être si gentille !

— Ah ! tant mieux, ma nièce, car j’espère que votre gentillesse voudra bien se faire sentir jusqu’à moi !