— Bien sûr, si vous le méritez, oncle René. Ma bonté s’étend à toute la nature, comme on dit en poésie.
Elle lui glisse cela, d’un accent qui est un délicieux amalgame de coquetterie et de candeur. De nouveau, les yeux noirs arrêtent un regard de curiosité sur elle qui ressemble si peu à la jeune fille que fut sa mère autrefois. Quel monde, à lui inconnu, semble enfermer cette jolie forme souple !
Le train s’ébranle de nouveau vers Cabourg. Et Mme Seyntis, alors arrachée à sa joie, s’avise qu’il serait préférable de regagner les Passiflores. C’est, aussitôt, le prosaïque souci des bagages à reconnaître. Les porteurs se précipitent ; le chef de gare lui-même s’empresse, Mme Seyntis étant un personnage à Houlgate ; et l’oncle René donne ses ordres avec le parler net et bref des hommes habitués au commandement.
— Mon oncle, vous revenez en voiture, n’est-ce pas ? insinue Mad, qui trouve son oncle très bien et a envie de lui dire quelque chose d’aimable pour qu’il s’occupe d’elle.
— Ma nièce, je crois que j’aurai la force de marcher !
— Ah ! marmotte la petite, désappointée. Mais c’est que maman, elle, déteste la marche.
— Eh bien, nous monterons tous en voiture avec « maman ». Marie, je suis à toi, j’en ai fini avec les bagages.
Devant la gare, stationne la Victoria dont les chevaux battent la poussière.
— Guillemette, mets-toi près de moi, dit Mme Seyntis ; Mad se glissera entre nous, et nous laisserons le siège de devant pour nos deux garçons.
Le second garçon, c’est l’oncle René. Cela amuse Guillemette d’entendre Mme Seyntis traiter avec tant de désinvolture ce frère qui la dépasse de toute la tête et dont le visage, quand il ne sourit pas, est plutôt sévère. Ah ! l’oncle René n’a pas l’air d’un jeune homme flirt ; rien d’un frivole danseur de cotillon !