— Mon oncle, on fait ce qu’on peut !

Il se demande ce qu’elle veut dire et en éprouve de nouveau une secrète impatience. Se moque-t-elle de lui ? Il répète :

— On fait ce qu’on peut pour ?…

— Pour… pour être en gré, auprès de tout le monde… Voilà !

Il va la questionner encore avec une sourde irritation de ne savoir pas mieux débrouiller la pensée intime de cette petite fille. Mais Mme Seyntis qui rentre dans le salon l’appelle.

— René, viens-tu un peu sur la terrasse ? Il fait très doux ce soir…

Et il obéit, trouvant tout de suite un singulier bien-être à la pensée qu’avec sa sœur, il va être en parfaite communauté d’esprit. Elle a une âme limpide dans laquelle il est aisé de lire…

Sous la lampe, Mademoiselle continue à faire mouvoir les aiguilles de son tricot, d’un doigt machinal, car sa pensée est à Paris, enfuie vers le modeste logis, d’où l’impitoyable raison a seule pu l’isoler. Dans cette famille étrangère, elle se sent isolée, si bienveillant soit-on pour elle, et, le soir surtout, la nostalgie de son home s’abat sur elle, très douloureuse.

Sur la terrasse, André et Mad se font part de leurs impressions au sujet de l’oncle, qu’André déclare un « chic type », noir comme une bouteille d’encre ! ajoute-t-il sans respect ; ce qui éveille les protestations indignées de Mad.

Guillemette laisse de côté les uns et les autres et va s’asseoir à l’écart dans un vaste rocking-chair où sa svelte personne semble disparaître toute, et, contemplant dans le velours sombre du ciel l’éclair des étoiles filantes, elle songe vaguement à toute sorte de choses imprécises qui lui font l’âme joyeuse.