Oui, il a fallu des mois et encore des mois pour que la vision s’effaçât comme l’exigeait sa volonté, impérieuse d’autant plus que Nicole devenait la femme de l’autre…
Mais de ce jour, vraiment, elle a été une morte pour lui. Ainsi le commandait sa conscience, rigoureusement scrupuleuse, quant au respect du bien d’autrui.
Alors pourquoi redoute-t-il de la voir ?
C’est une inconnue que cette Nicole échappée, frémissante, au lien conjugal, passionnément voulu, et qu’elle prétend achever de rompre par le divorce… Résolution qui froisse en lui ses vieux instincts héréditaires de catholique convaincu, fidèle au respect du serment reçu par le prêtre.
Oh ! non, Nicole de Miolan n’a plus rien de commun avec la jeune fille qu’il a adorée, à laquelle il songe dans le beau crépuscule d’août, ainsi que l’on songe aux morts infiniment chers…
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A travers la cloison, sonne un éclat de rire, jailli de la grande chambre aux tentures pékinées où vient d’être installé le jeune ménage de Coriolis. Si les yeux de René Carrère pouvaient percer la muraille, ils verraient son ami nonchalamment allongé dans un confortable fauteuil, la cigarette aux lèvres, suivant d’un œil amoureux tous les mouvements de sa blonde petite femme qui trottine du cabinet de toilette à la chambre, peu enveloppée par son peignoir de linon, ouvragé de dentelle.
Au passage, il saisit la main qui fait un choix dans le coffret à bijoux et attire vers lui la jeune femme. Elle proteste, — sans conviction, d’ailleurs.
— Oh ! Georges, voyons, sois sérieux !… Laisse-moi m’habiller… Je serai en retard et ce sera une catastrophe !… Que dira Mme Seyntis ?… Pour la première fois que je suis reçue chez elle !… Tu n’as vraiment pas l’air de te douter que nous sommes dans une maison convenable !
— Hum, en ce qui concerne Raymond Seyntis…