— Oui, je préfère.

Quelques minutes plus tard. Madame, en petits souliers, est debout devant sa glace, les épaules nues sous le ruban de la chemise, mince dans le soyeux jupon ; et elle est tout absorbée par le souci de faire disparaître sur sa nuque la trace des doigts trop caressants de Monsieur ; lequel, sans enthousiasme, a quitté son excellent fauteuil et sa cigarette pour endosser enfin l’habit de rigueur.

....... .......... ...

Pendant que se déroulent ces menus épisodes, dans la petite chambre qui est son home, Mademoiselle, attendant le deuxième coup de cloche, relit encore une fois les lignes, reçues le matin, qui lui apportent le parfum de la « maison ».

« … Oui, ma chère petite fille, comme toi, nous aspirons, ta sœur et moi, à la fin de notre séparation et nous voudrions bien que ce fût fini de t’aimer de loin…

« Oui, je comprends qu’il te soit triste de vivre parmi des étrangers, même très aimables pour toi… Et pourtant, mon enfant chérie, pourtant, je ne puis regretter que tu aies eu le courage de partir, de nous laisser !… D’abord, parce que je pense que ce séjour au bord de la mer sera fortifiant pour toi, après ta dure année de travail ; bien meilleur que les mois de vacances dans la petite fournaise qui nous sert de gîte, où la température se fait vite étouffante malgré nos persiennes closes dès que le soleil vient nous brûler…

« Et puis, ma Jeanne, il était raisonnable, sage, de ne pas négliger cette occasion de te faire connaître dans un milieu fortuné où tu peux trouver des leçons, peut-être, dans l’avenir.

« Car, en effet, plus que jamais, ma bien-aimée, il nous faut penser à l’exiguité de notre budget et ne négliger aucune chance de l’assurer un peu. J’aime mieux te l’avouer, pour que l’idée d’être le soutien de ta pauvre vieille maman te rende vaillante, les démarches de ta sœur pour arriver au poste d’inspectrice que tu sais ont définitivement échoué. Les candidates sont légion, toutes pourvues de titres sérieux, bien autrement recommandées que ta sœur !… et les places vacantes se présentent comme des exceptions…

« Ta sœur a été très aimablement reçue par le secrétaire général qui a cru préférable de lui ôter tout espoir, avec preuves à l’appui, afin qu’elle ne se leurre pas inutilement. Antoinette est donc revenue très découragée de cette visite, chaque jour lui montrant davantage, hélas ! combien il est difficile à une femme de gagner sa vie. Mais tu connais son énergie. Déjà, elle cherche une autre voie.

« Ah ! ma petite fille, confions-nous à Dieu qui, bien mieux que nous, sait ce qui nous convient. Acceptons bravement ce qu’il veut pour nous, et notre épreuve nous semblera bien moins lourde… Je te le dis, chérie, comme je l’ai senti bien des fois ; et c’est mon cœur même de maman qui te le murmure avec toute sa tendresse pour que tu espères malgré tout… ainsi que je le fais… Soyons courageuses, heureuses de vivre les unes pour les autres, toutes trois… »