Mademoiselle devine plus qu’elle ne lit les dernières lignes parce que le jour se meurt, surtout parce que de grosses larmes brouillent son regard… Alors, elle se penche sur la chère écriture et y dépose un baiser fervent.

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Deux portes plus loin, chez les parents de Nicole, l’humeur n’est pas très souriante du côté de Monsieur, qui est un homme d’habitudes, vite nerveux, pour peu qu’il ne trouve pas ses affaires disposées dans leur ordre coutumier. Or, étant aux Passiflores depuis deux heures à peine, il traverse la période d’installation, ce qui influe fâcheusement sur son humeur et le fait saupoudrer de conseils, questions, voire même reproches, non seulement la femme de chambre, mais encore sa dévouée épouse. Il est, en effet, de ces hommes excellents — et terribles ! — qui ne peuvent se tenir de donner leur avis sur toute chose, petite ou grande, et s’étonnent ensuite avec simplicité de voir les gens continuer à agir suivant leur propre guise.

Tout en parcourant un journal, il monologue sur les sujets les plus étrangers à la politique.

— Je trouve l’air fatigué et soucieux à Seyntis. C’est un joueur un peu trop audacieux, je le crains. Je le lui ai dit… Mais c’est un garçon qui n’a confiance qu’en lui-même ! Ta cousine, elle, est toujours fraîche et sereine, et Guillemette a encore embelli !

Il est interrompu dans ses réflexions par le bruit d’un carton que Mme d’Harbourg a laissé tomber ; malgré sa corpulence elle est très active et aime à ranger par elle-même.

— Mon Dieu, Pauline, comme tu t’agites ! Laisse donc faire la femme de chambre… Sais-tu où elle a mis mes cravates ?… Je ne les retrouvais pas tout à l’heure.

M. d’Harbourg est plutôt coquet. Il a été très joli homme et il est encore un beau gentilhomme frais et rose sous ses cheveux blancs, coupés en brosse.

— Mon ami, elles sont dans le tiroir de la commode.

— Elles auraient été beaucoup mieux dans l’armoire à glace. Je les aurais choisies bien plus facilement.