Elles ont continué leur route en silence. Seulement, comme Mademoiselle s’effaçait pour laisser entrer la jeune femme, Nicole, s’arrêtant, a posé sa main sur l’épaule de la jeune institutrice et, un peu bas, lui a dit :
— Quand vous irez voir votre Ami, le soir, demandez-lui d’avoir un peu de pitié pour moi…
Et elle est partie…
A cette petite scène, elle repense tout à coup, cheminant, tête baissée, sur la falaise, le pas distrait… La voix de Hawford la fait brusquement tressaillir. De loin, lui aussi, la supplie de fuir le bord de la falaise qui s’effrite… Il a peur pour elle. Comme en quelques jours, elle a souverainement conquis cet homme et comme il a, violent, le désir d’elle…
Est-ce vers lui que sa destinée la pousse ? Ou vers cet autre qui l’attend à Dinard et dont l’amour engourdit son souvenir quand elle en respire le violent parfum… Ah ! elle n’en sait rien, et dans son âme désemparée, elle se demande, avec une espèce de curiosité tragique, ce qu’il en adviendra d’elle qui qui veut à tout prix le bonheur… La fougue qu’elle devine dans Hawford lui donne le vertige…
Quel monde entre lui et René, froidement maître de lui-même, enserré dans ces liens de la conscience, du devoir, des lois religieuses qu’elle-même a brisés dans sa révolte… René, qu’elle estime et qu’elle a, par instants, la tentation misérable de ramener à elle…, seulement pour que lui, si ferme semble-t-il dans son orgueilleuse vertu, se reconnaisse vaincu et n’ait le droit ni de la juger, ni de la condamner, quoi qu’elle fasse.
Il marche près d’elle, pensif. Sûrement, pas plus qu’elle-même, il ne voit la houle nonchalante des eaux bleues, ivres de lumière, il n’entend les rires des jeunes qui les attendent autour de la table à thé, un peu plus haut sur la falaise.
Il interroge tout à coup :
— Est-il vrai, Nicole, que vous partiez dans quelques jours pour Dinard ?
— Oui, à la fin de la semaine.