— Je sais que vous n’êtes pas indiscret.
— Merci, Nicole… Eh bien, vous m’avez fait l’honneur d’être si franche avec moi, que je vais vous rendre confiance pour confiance… Je souhaiterais vous retenir au milieu de nous parce que, dans l’état d’esprit où vous êtes, je regrette de vous voir partir seule, parmi des étrangers…
Un éclair jaillit dans les prunelles de Nicole. Saurait-il qui l’attend là-bas ? Que lui importe ?… Et, railleuse, elle riposte :
— Vous avez peur que le petit chaperon rouge ne soit croqué par le loup ?… Soyez sans inquiétude. Il ne sera croqué que s’il y consent… Et alors, qui cela regarde-t-il, sinon lui ?
— Et ceux qui l’aiment et le voudraient vivant et heureux !
Sur la bouche de Nicole, passe le sourire poignant qu’il y a déjà surpris :
— Mon pauvre René, je commence à croire que ces deux qualificatifs ne peuvent aller ensemble… A quoi bon demeurer ici quelques jours de plus ?… Dans une semaine, dans plusieurs même, rien n’aura changé en moi, ni pour moi… Il n’y a rien à faire, René, que de m’abandonner à l’inconnu de ma destinée qui sera peut-être tout autre que nous l’imaginons. Encore une fois, pour notre tranquillité à tous deux, ne vous inquiétez pas de moi, car, c’est vrai, je ne sais où je vais !…
— Nicole, Nicole, ne vous calomniez pas !
— Je ne me calomnie pas… Je ne suis pas une résignée… Je ne peux pas l’être… C’est au-dessus de mon courage !
Sa voix se brise soudain, comme si un muet sanglot avait contracté sa gorge. Et alors, en lui monte l’obscur désir de lui dire des mots de tendresse qui la consolent, de prendre, entre les siennes, la main dégantée qui froisse les plis de la robe, la main frémissante dont la vie jeune appelle les lèvres…