Mais elle s’est tout de suite ressaisie ; la flamme s’est éteinte sous les cils abaissés, et elle a repris son visage impénétrable de sphinx. Comme un voile, elle ouvre son ombrelle, et la soie rose la baigne d’un reflet d’aurore. Il avance, silencieux, à côté d’elle. Quelques instants encore, et ils vont être près des autres, près de Guillemette qui les regarde approcher…
Elle s’arrête, imperceptiblement. Les yeux sur ceux de René, elle demande :
— Savez-vous, René, que je n’ai pas encore compris, d’où vient que vous prenez un souci, qui paraît bien sincère, de mon avenir ?
— Il est très sincère, en effet, Nicole… C’est que je me souviens de… de ce que vous avez été pour moi, jadis…
— Ce que j’ai été… oui… Ce que je ne suis plus, par conséquent.
Elle parle sans coquetterie, ainsi qu’elle constaterait un fait. Mais les yeux levés vers lui sont beaux à affoler un sage, dans leur expression ardente et profonde.
En l’âme de René, quelque chose a tressailli. Pourtant, il répond avec une sorte de gravité fière :
— Oui, Nicole, j’ai fini de vous aimer comme autrefois, grâce à Dieu !
— Et comme vous en êtes satisfait !
Ses yeux veloutés ont une indéfinissable expression. Il la regarde :