— Je me mépriserais à tel point s’il en était autrement…

Elle se remet à marcher et dit lentement :

— C’est vrai, ce serait une vilaine action. Nous ne devons plus être que des étrangers l’un pour l’autre…

— Des étrangers ?… Non, des amis…

— Vous croyez possible l’amitié entre un homme et une femme jeunes ?… Moi, pas !

Il ne lui répond pas. Est-ce parce que Hawford les rejoint ?… parce qu’André dévale vers eux pour les sommer de venir goûter ?… parce qu’à la vue de Guillemette dont les prunelles ne lui sourient pas, il s’est ironiquement rappelé ses paroles : « Vous, mon oncle, vous êtes en possession d’une volonté qui ne badine pas ! »

Ah ! sa volonté, elle est aussi fragile que celle de tous les autres… Nicole a raison. Mieux vaut qu’elle parte.

XI

Et le jour où elle l’avait décidé, Nicole de Miolan est partie pour Dinard, laissant à Houlgate ses fidèles gardes du corps — et parents — qui, navrés de ne pouvoir la retenir, l’ont vue monter en wagon avec autant de détresse que si elle s’en allait à la mort.

En revanche, Guillemette a très bien pris ce départ, malgré son enthousiaste et chaude sympathie pour sa belle cousine. Quant à René, il en éprouve un véritable allègement. Certes, il sait maintenant que, même l’imprévu la fît-il libre, il ne souhaiterait plus, comme jadis, qu’elle devînt sa femme ; car il est sûr que, l’un par l’autre, ils seraient malheureux… Telle qu’elle est, elle blesse, et ses convictions religieuses, et la conception qu’il a de la femme… Mais… si fortes que soient sa notion du devoir et sa hautaine résolution d’y être fidèle, il n’en est pas moins un homme ; et les obscurs bas-fonds de son être tressaillaient quand la vie quotidienne lui apportait le frôlement de cette créature de passion et de révolte qui appartient à un autre. Aussi trouve-t-il une sorte de délivrance à ne plus voir le visage charmant dont les yeux — si tristes parfois — éveillaient en lui l’instinctif désir d’aller à elle pour la bercer, avec les mots, les tendresses qui consolent…