Elle est partie. Dans le salon où tous étaient réunis et causaient, ils ont échangé un rapide adieu. Elle lui a tendu la main, à l’anglaise :

— Adieu, René.

Il s’est incliné sur les doigts gantés, et ses lèvres les ont effleurés. Comme il relevait la tête, il a rencontré le regard de Nicole où il y avait une sorte de prière ; et, très bas, elle a murmuré :

— Quoi qu’il arrive, pensez toujours à moi, avec votre indulgence d’autrefois…

Pourquoi lui a-t-elle dit cela ? Que prévoyait-elle donc ? Maintenant elle est allée vers sa destinée. Il ne peut rien pour elle.

Autour de la table du lunch, devant la terrasse, sous l’ombre des tilleuls, les hôtes actuels des Passiflores parlent d’elle. Ils sont, pour quelques jours, en petit nombre. Les de Coriolis, Hawford, la chanoinesse sont partis. Seuls, sont restés M. et Mme d’Harbourg, tout désemparés de n’avoir plus Nicole.

Mais des visiteurs aussi sont là ; car le « jour » de Mme Seyntis est très couru ; et, dans leur nombre, se trouvent Mme de Mussy, toujours bavarde, et sa fille Louise qui, de sa manière précise, à la façon d’un théorème, s’intéresse à l’organisation de la fête de charité qu’a demandée M. le curé d’Houlgate. La solennité promet d’être d’autant plus brillante que, pour cette époque, est annoncée la présence, à Houlgate, du vieux roi de Susiane, avec son petit-fils. Or, le souverain est toujours en quête de distractions, et il profite de toutes celles qui lui sont offertes pendant ses visites en France.

Sûrement, il viendra à la Kermesse, ouverte dans la villa de la princesse de Bihague ; ce qui constituera une attraction de plus et rehaussera le caractère très aristocratique de la fête. Par exemple, il y a divergence d’idées entre les dames patronnesses quant à la nature des distractions devant être données aux visiteurs. Les artistes du Casino ont offert leur concours. Mais l’acceptera-t-on pour une fête dont M. le curé est président ?

Le digne pasteur — comme dit Raymond Seyntis — est justement en visite aux Passiflores et le cas lui est soumis. Ce qui paraît le rendre très perplexe, d’autant que les belles dames qui l’entourent échangent à ce sujet des opinions contradictoires. Or, il ne voudrait contrarier aucune de ses riches et bienfaisantes paroissiennes. Aussi se confond-il en phrases aimables qui ne décident rien et plaisent à tous les amours-propres.

La jeunesse joue au tennis ; et, une fois de plus, René Carrère a toute facilité pour observer plusieurs échantillons des jeunes personnes à marier, parmi lesquelles sa sœur souhaiterait lui voir faire un choix. Il vient de rentrer, pour le lunch, comme elle l’en avait prié ; mais, assis un peu en dehors du cercle réuni autour d’elle, se mêlant à la conversation juste autant que la politesse l’exige, il regarde vers l’espace sablé du tennis où évoluent les jolies ou agréables héritières auxquelles il peut aspirer.