Et sans plus d’hésitation, j’entrai. Elle avait fait un mouvement pour ouvrir une porte près d’elle, — un sanctuaire que je devais être indigne de connaître car la farouche matrone eut un geste d’indignation et prononça en breton quelques mots de ce ton furieux qui semblait lui être familier ; sans que d’ailleurs Mlle Arlette en parût le moins du monde troublée. Une ondée pourpre monta seulement vers ses joues rosées, le pli volontaire de ses lèvres s’accentua et, redressant sa petite tête, elle dit, la main sur le bouton de la porte :

— Je veux, moi ! Mon père est-il là ?

— Non, grommela en français, cette fois, cette terrible bourleden. Non, M. le docteur n’est pas rentré.

M. le docteur ! Je dressai l’oreille. J’étais chez un docteur ! à Douarnenez ! Louise, les Turcs sont éminemment sages : on n’échappe pas à sa destinée, et la voix du sang n’est pas ce qu’un vain peuple pense… J’interrogeai aussi respectueusement que possible :

— Veuillez m’excuser, mademoiselle, de vous adresser cette question ; mais ne serais-je pas chez le docteur Morgane ?

— Bien entendu ! fit Mlle Arlette, me regardant avec de grandes prunelles curieuses.

— Et n’est-ce pas Mlle Arlette Morgane qui a la bonté de m’offrir l’hospitalité en ce moment ?

— Oui ! fit-elle encore, du même accent de surprise extrême. Je suis sûr qu’en ce moment ma petite apparition du Pouldavid commençait à croire que l’orage avait troublé ma cervelle. Oui, je suis Arlette Morgane.

Et, sans cérémonie, elle acheva naïvement :

— Pourquoi me demandez-vous cela ?