Notre séparation a été ma première pensée, ce matin, et je me suis sentie tout de suite affreusement triste ! Je vous voyais seul là-bas dans notre maison, songeant à votre Arlette qui doit vous manquer un peu, quoique vous la reteniez impitoyablement loin de vous… Alors, tout bas, je me suis mise à vous murmurer les tendresses dont j’ai le cœur plein pour vous, comme si vous m’entendiez… Et j’avais un si ardent désir que vous sentiez combien, par la pensée, j’étais près de vous, que je me figurais follement que ce désir s’en allait jusqu’à vous et vous était bon à recevoir. Moi, j’ai relu tant de fois votre lettre, arrivée ce matin, que le papier en est presque déchiré…
Tous m’ont gâtée ici ! Non seulement ma tante, Charlotte, Madeleine, mais Guy encore, qui m’a envoyé les mêmes étrennes qu’à Madeleine, plus des fleurs et des bonbons. Je l’ai remercié avec effusion ; mais je ne pouvais pas être gaie comme à l’ordinaire. Toute ma pensée était à Douarnenez…
Et puis, voir ma tante et Charlotte, de retour de l’avant-veille, si contentes l’une près de l’autre, cela me faisait trop envie !… J’étais tellement hors de Paris que je n’ai pas été surprise quand Guy m’a dit, de cette voix très douce qu’il a lorsqu’il parle un peu bas :
— Petite Arlette, vous êtes en Bretagne, n’est-ce pas ?
— Oui, oh ! Guy… Pourquoi n’y suis-je pas tout de bon ? Puisque Mme Morgane et Blanche sont toujours à Châteaulin, père doit se trouver bien seul… A cause de cette malheureuse épidémie, il n’aura pas permis aux garçons de rester auprès de lui à Douarnenez, et ce jour de l’an sera si triste pour lui !
— Eh bien, savez-vous ce qu’il faut faire ? Lui envoyer un mot de souvenir !…
— Comment cela ?
— Mais par une dépêche. Je suis sûr que cela lui fera beaucoup de plaisir !
J’ai sauté sur cette pensée, et Guy a ajouté :
— Griffonnez votre dépêche. Je l’enverrai tout à l’heure à la sortie de la messe.