— Vrai, Guy, bien vrai, vous ne désirez pas que je devienne comme les jeunes filles de Paris, comme Mlle d’Estève ?…
— Moi, je n’ai qu’un désir, c’est que vous restiez le plus tard possible la petite Arlette qui courait en montant les sentiers de falaise, qui nous est arrivée un soir, de sa Bretagne, toute gelée, toute curieuse, tout effarouchée, et qui a bien voulu me permettre de devenir son grand ami…
Il s’est arrêté un peu. Il avait l’air de réfléchir, puis il m’a dit avec un bon sourire :
— Ne voulez-vous pas maintenant que nous fassions la paix ? Me refuserez-vous encore la main ?
Pour toute réponse, pleine de remords, je lui ai tendu mes deux mains et j’ai murmuré, ayant un peu peur de ce qu’il dirait :
— Guy, j’ai été mauvaise, mais je vous promets que je ne serai plus curieuse…
— Chose entendue… Pour votre bien, petite Arlette, j’accepte la promesse…
Et ainsi l’orage a fini de se dissiper… Heureusement !
1er janvier 189 .
Est-il possible, père, que j’aie pu commencer l’année loin de vous, sans vous répéter tout ce que je souhaite pour vous, sans recevoir les baisers qui disent à votre petite que vous l’aimez autant qu’elle vous aime, c’est-à-dire avec ce qu’elle a de meilleur dans le cœur ! Oh ! pourquoi n’êtes-vous pas ici ! Vous auprès d’elle, et puis Yves, Corentin, Mlle Catherine, le capitaine, elle n’aurait plus rien à souhaiter !…