— Je n’en ai pas envie du tout… Pourquoi m’en parlez-vous ?
— Parce que vous paraissez griller du désir d’apprendre des vérités peu réjouissantes. Vous et vos sœurs en curiosité, vous êtes de petits monstres d’ingratitude. On s’efforce de vous dissimuler les plus tristes côtés du monde, afin qu’il ne vous semble pas une caverne de voleurs, et au lieu d’en être reconnaissantes, vous n’avez pas de plus cher désir que de rendre inutiles les bonnes intentions dont on est animé à votre égard !
— Je ne demande pas à tout savoir, ai-je fait, un peu confuse et envahie par le remords de mes paroles.
— C’est encore heureux !
— … Mais je voudrais être renseignée autant que les jeunes filles de Paris… Croyez-vous que je ne m’aperçoive pas qu’elles rient toutes de ma naïveté, que je ne voie pas que Mlle d’Estève se moque de moi du haut de sa science !
— Eh bien, tant pis pour elle et pour celles qui lui ressemblent ! Je vous le dis en toute sincérité, Arlette, vous n’avez pas à envier l’opinion que nous autres hommes avons d’elles…
— Oh ! Guy, est-ce que cette opinion est mauvaise ?
— Ce n’est pas du moins, je suppose, celle qu’elles ont l’intention de nous inspirer, et, je vous jure, ce n’est pas surtout celle que nous aimerions qu’on eût de nos sœurs. Restez vous-même, Arlette. Vous perdriez trop au change à ressembler aux autres…
Il a souri un peu et a fini :
— Ne vous transformez pas, sans quoi votre père ne reconnaîtrait plus sa petite fleur bretonne quand il la reverra, et il nous en voudrait justement.