— Laissez-moi… Vous avez été injuste ! Maintenant que vous vous êtes renseigné, rendez-moi mon livre.

— C’est impossible, Arlette ; ce roman n’a pas été écrit pour des jeunes filles et ne doit pas être dans vos mains.

Je commençais à comprendre.

— Parce qu’il n’est pas convenable, n’est-ce pas ?… Toujours la même histoire !… Votre Paris est décidément rempli de choses peu convenables : des pièces, des livres, etc. Jamais, à Douarnenez, je n’aurais imaginé qu’il y en eût tant !… Mais je regrette de toutes mes forces que vous soyez arrivé avant que j’aie pu voir un peu dans votre livre ce qu’étaient ces fameuses choses qui amusent tant les grandes personnes !

— Où prenez-vous qu’elles les amusent ?

— Je le remarque bien à leur mine… Et c’est exaspérant de ne pouvoir jamais comprendre certains de leurs sourires, de leurs regards, de leurs réflexions !

Je parlais tout droit devant moi, mais avec l’impression sourde que je disais des sottises. Guy m’examinait, debout devant la cheminée, les sourcils froncés, tordant sa moustache.

— Ah çà, me direz-vous quelle rage vous prend ?

— Ce n’est pas une rage. Je ne suis pas enragée ! Je veux seulement m’instruire pour n’être plus d’une ignorance qui fait rire !

— Est-ce que vous n’auriez pas aussi envie de connaître l’histoire de tous les crimes qui se commettent sur la terre, la liste de toutes les maladies, de toutes les misères qui affligent la pauvre humanité ?