J’ai bondi. Son accent tout ensemble m’intriguait et me fâchait.
— Vous pouvez être sûr que je ne l’aurais pas gardé, votre livre ! Je suis honnête !
— Je n’en doute pas. Je dis seulement qu’il y a des bornes à la curiosité, et que vous venez de franchir ces bornes. Ce n’est pas consciencieux d’ouvrir ainsi des livres sans permission.
Il me parlait d’un ton si sévère, qu’un petit brouillard de larmes est monté à mes yeux. Être grondée quand je n’avais rien fait de mal, c’était trop fort ! Et grondée par Guy ! Aussi, très fâchée à mon tour, je me suis écriée :
— Ce n’est pas par curiosité que j’ai ouvert ce livre dont je ne savais même pas le titre, il y a une demi-heure ; c’est pour obéir au professeur de Madeleine.
— Au professeur ?…
— Oui… Il nous a recommandé de lire beaucoup pour développer notre esprit… C’est ce que j’allais faire, pensant que les livres de ma tante étaient sérieux, naturellement… Et je ne me doutais pas que j’y gagnerais d’être secouée comme par Mme Morgane !
Ma voix tremblait, et les sanglots me montaient vite, vite à la gorge. Je me suis détournée brusquement pour le cacher à Guy, mais c’était trop tard, et mes deux mains se sont trouvées emprisonnées dans les siennes. Il n’était plus irrité, un peu inquiet, au contraire.
— Arlette, vraiment, vous ai-je fait tant de peine ?
Mais je lui en voulais encore et j’ai dégagé mes mains :