Guy, ayant fini de fumer, est venu à moi ; il m’a regardée une seconde, puis m’a demandé :
— A quoi songiez-vous avec une mine si grave, quand je suis entré, Arlette ?
La lampe était derrière nous, assez loin. Je voyais à peine le visage de Guy, seulement sa grande taille dessinée par son habit, où un œillet faisait une tache rose à la boutonnière… et, sans que je sache comment, la question qui me trottait si fort dans la tête s’est échappée de mes lèvres :
— Guy, quand donc travaillez-vous ?
Il m’a regardée, étonné :
— Quand je travaille… à quoi ?
— Je veux dire, quand donc faites-vous des choses qui ne servent pas seulement à votre plaisir ?
Je n’avais pas fini ma phrase que j’aurais voulu la rattraper. Heureusement, Guy n’a pas eu l’air mécontent. Ses yeux seulement ont cherché les miens, comme s’il voulait ainsi pénétrer dans ma pensée même.
— Pourquoi me faites-vous cette question, Arlette ?
— Oh ! Guy, est-ce qu’elle vous contrarie ? J’en serais si désolée !… Mais je ne peux rien vous cacher…