J’ai dit, le cœur battant vite :

— Lui aussi l’admire, alors ?

— Mais je l’espère bien, et j’espère de tout mon cœur qu’il finira par l’admirer assez pour…

— Pour quoi ? ai-je crié, voyant Madeleine s’arrêter court.

— Pour ne jamais la laisser critiquer par des personnes malveillantes.

Sans savoir pourquoi, j’ai été certaine que Madeleine venait de finir sa phrase au hasard. Mais c’était tellement inutile de la questionner pour connaître sa pensée vraie, que je n’ai pas même essayé. Je me suis seulement écriée, avec toute la conviction de mon âme :

— Cela ne regarde pas Guy qu’on la critique ou non. Ah ! que je voudrais donc qu’elle se mariât avec un officier ou n’importe quel épouseur qui l’emporterait très loin ! Et…

Probablement, la patience de Madeleine était à bout, car elle m’a interrompue et, d’un ton fâché, m’a déclaré :

— Tu ne sais ce que tu dis ce soir, Arlette. Dors vite ; cela te vaudra mieux… Bonsoir !

Elle a effleuré mes cheveux de ses lèvres. Je lui ai rendu son baiser sans un mot. Elle est rentrée très digne dans sa chambre. Moi, je me suis vite couchée ; ma bougie éteinte, j’ai pleuré toutes mes larmes, le nez sur mon oreiller.