— Mais je le crois, certes, puisque j’ai charge d’âme. Comme vous êtes bien renseignée ! Peut-on savoir par qui ?
— Par la chronique, tout bonnement ! Avez-vous donc oublié le dicton : « Bavard comme une chronique » ?
Tout en disant cela, elle le regardait de son regard coulé entre les cils. Elle parlait d’un ton un peu moqueur, mais aussi elle souriait, et la moquerie avait l’air de s’en aller se perdre dans son sourire, un sourire qui relevait les lèvres au-dessus des dents, très joliment. Et il me semblait que ces petites dents me mordillaient le cœur, me donnant envie de pleurer. Alors, pour ne plus les voir, je me suis détournée. Je me suis glissée à l’autre bout du salon, derrière les palmiers, fermant les yeux afin d’être sûre de ne pas les regarder.
Mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais me décider à ne plus m’inquiéter d’eux… Père, ils causaient encore ! Derrière elle, il y avait une haute lampe allumée, et la lumière flottait autour de ses cheveux, de façon à en faire un brouillard d’or !… Vraiment, en cette minute, je crois que j’aurais tout donné pour avoir son éclat, sa grâce, son aisance, et aussi sa taille de statue, son teint couleur d’ivoire rose, ses yeux qui disent tant de choses que je ne comprends pas, mais que Guy et tous les hommes comprennent, qui les retient près d’elle ; pour être surtout capable de causer comme elle, avec cet esprit qui arrêtait Guy à ses côtés !
Je ne sais s’il y avait beaucoup de temps que je les observais ainsi, quand j’ai entendu la voix de Madeleine :
— Arlette, où es-tu donc cachée ? Ah ! te voilà ! Comme tu es pâle ! Qu’est-ce que tu as ?
Instantanément, je suis devenue pourpre, et j’ai dit très vite :
— Mais non, je ne suis pas pâle…
— Maintenant, non… tu ressembles à un coquelicot. Mais tu n’étais pas ainsi, il y a une seconde… Qu’avais-tu ?
— Rien, mais rien !… Je m’amuse… j’écoute, je regarde.