J’ai demandé curieusement :
— Vous êtes musicienne ?
— C’est-à-dire que je chante ce que j’aime. Mais à ma manière… Et cette manière vous semblerait peut-être très laide, car je n’ai jamais pris de leçon.
De plus en plus intrigué, j’ai interrogé :
— Est-ce que je n’aurai pas le plaisir de vous entendre ?
— Quoi ? Chanter ? Oh ! ce soir tant que vous voudrez !
J’ai dû me contenter de cette réponse et écourter mes remerciements, car Arlette ouvrait devant moi la porte du fameux salon… Ah ! elle n’avait pas trop sévèrement qualifié la pièce favorite de Mme Morgane. Alignés les uns à côté des autres avec une correction géométrique, il y avait là une file de fauteuils et de chaises, sans oublier un vaste canapé, tous également recouverts du plus aveuglant des reps verts, semé de pivoines rouge ponceau ; sur la cheminée, des vases de porcelaine décorés de roses d’un pourpre incandescent, et dans ces vases, Louise, des fleurs en papier !… Ah ! certes non, ma cousine Arlette n’avait pas mal jugé le salon de sa belle-mère. Elle me regardait malicieusement, un sourire retroussant sa lèvre :
— J’avais raison, n’est-ce pas ?… Dites-le ! Cela me fait tant de plaisir quand on est de mon avis ! Vous ne trouvez pas cette pièce bien séduisante ?
— Non, pas précisément, ai-je avoué, tandis que mes yeux, qui erraient peu charmés autour dudit salon, trouvaient sur leur passage deux portraits enserrés dans des cadres dignes de tout le mobilier.
Arlette, dont le regard vif avait suivi le mien, m’a glissé d’un ton expressif :