— Mme Morgane et sa fille, ma sœur Blanche. Voulez-vous voir leurs photographies ?

Et avant que j’eusse répondu, elle avait, en tourbillon, traversé le salon et, revenant avec les deux portraits, elle s’arrêtait devant la fenêtre grande ouverte par laquelle nous arrivait la même odeur fraîche de réséda. Alors, au premier regard jeté sur Mme Morgane, j’ai compris pourquoi entre elle et sa mignonne belle-fille les affinités doivent être tout le contraire d’excessives. Les traits du visage étaient assez réguliers, lourdement tracées, mais une ligne dure marquait le dessin des lèvres, comme celui des sourcils, allongés sous un front étroit, — un front têtu, — et des cheveux plantés bas, lissés en bandeaux bien tendus, bien corrects… En résumé, un ensemble vulgaire et une physionomie de femme impérieuse pénétrée de son importance… Sa fille, pour sa part, jouissait, tout en lui ressemblant beaucoup, d’une figure ronde et placide, de deux petits yeux quelconques et d’un buste si majestueux, qu’il me fallut vraiment les assurances réitérées d’Arlette pour être persuadé qu’elle avait seulement quatorze ans, non dix-huit ou vingt comme sa… robustesse me l’aurait fait croire sans peine.

— C’est qu’elle est très grande et très grasse ! m’a expliqué Arlette. Moi, j’ai l’air d’une pauvre mouche à côté d’elle !… Aussi elle me trouve tout à fait un avorton ! Est-ce que vos nièces sont grandes aussi ?

— Mais oui, assez !

— Et elles sont jolies tout de même ?

Mes nièces, par égard pour votre modestie, je ne rapporte pas ma réponse. Mais Arlette en tira cette conclusion, échappée de sa bouche, avec un profond soupir d’envie :

— Comme ce doit être délicieux d’être jolie !

Ma foi, elle était si charmante avec cette expression de naïf désir dans les yeux, sur les lèvres, qu’une exclamation m’a échappé :

— Mais, ma cousine, vous devez à merveille connaître ce plaisir-là !

Elle a dressé la tête :