Et, sans ombre de cérémonie, il empoigna le gamin et lui administra une courte, mais vigoureuse correction avant que personne eût eu le temps d’intervenir.
— Monsieur, oh ! monsieur, laissez-le ! suppliait Arlette, apitoyée par les cris du jeune Félix, auxquels se joignaient maintenant ceux de sa sœur.
— Ne vous tourmentez pas, mademoiselle. Je l’ai habitué à la chose. Il sait qu’il doit se taire quand son père chéri le lui ordonne… Autrement, il est puni… C’est fait, maintenant. Allez, monsieur.
Et, tout essoufflé, il remit le coupable en liberté, tandis que lui-même tombait au pouvoir du gardien, représentant de la justice.
— Mais, Louise, cet homme est tout bonnement idiot !… Allons-nous-en. Tu dois être édifiée, murmura Guy à l’oreille de Mme Chausey.
Une folle envie de rire le gagnait, devant le grotesque de la scène : M. Amelot se démenant aux réclamations de son interlocuteur ; Arlette essayant de consoler le gros Félix, qui considérait d’un œil humide et navré les taches de ses larmes sur sa cravate cerise, pendant que la tenace Pauline recommençait à réclamer le chameau.
— Si nous conduisions ces amours voir enfin le chameau ? proposa Mme Harvet, souriante.
Mais la somme de patience dont pouvait disposer Mme Chausey était épuisée, et l’inconscience de la vieille dame, en cette circonstance, commençait à l’agacer. Aussi, sans répondre à l’insinuation concernant le chameau, elle dit :
— Chère madame, vous nous excuserez si nous vous quittons… mais j’ai à faire dans Paris, et je crains bien déjà d’être en retard pour mon rendez-vous.
— Comment, vous voulez partir ?… Ce n’est pas possible !… M. Amelot est allé s’expliquer… attendez son retour… Il serait désolé de ne pouvoir prendre congé de vous ! Tenez, le voici !