— Arlette, je vous en supplie, ne pleurez pas ! implora Guy d’une voix toute changée… Ne pleurez pas… Je ne puis supporter vos larmes… Oh ! vous voir souffrir et ne pouvoir rien pour vous, ma pauvre chère petite enfant !

— Comme c’est triste, la vie ! fit-elle faiblement. Je voudrais être déjà à Douarnenez, et, en même temps, j’ai tant de chagrin de partir !

— Vous reviendrez… C’est au revoir seulement que nous nous dirons demain.

— Oui, peut-être un jour ou l’autre je reviendrai… Je serai, sans doute, une vieille personne alors, car je ne quitterai plus père ; j’aurais trop peur qu’il ne devînt de nouveau malade pendant que nous serions séparés… Oh ! attendre encore presque deux jours avant de me retrouver auprès de lui ! Que c’est long, mon Dieu !

Une sorte de bizarre sentiment de jalousie s’éleva dans le cœur de Guy, à la voir ainsi dominée par l’exclusive pensée de son père.

— Arlette, ne nous regretterez-vous pas un peu, nous qui vous regretterons tant ?

— Si je vous regretterai, oh ! chaque fois que je penserai à vous !… Mais vous, Guy, ne m’oubliez pas trop vite, je vous en prie…

Il l’enveloppa d’un étrange regard :

— Vous oublier ! Est-ce que cela me serait possible ? Personne ne vous ressemble et ne me remplacera ma chère petite amie… Ah ! je songerai à vous, enfant, bien plus peut-être que ni vous ni moi ne pourrions l’imaginer !…

Un rayonnant éclair illumina une seconde les yeux humides d’Arlette. Pourtant, elle interrogea encore, de sa délicieuse manière d’enfant :