Arlette inclina silencieusement la tête. Délivrée de l’horrible crainte qui avait, une seconde, traversé sa pensée, une sorte de détente se faisait en elle, comme si elle eût échappé à un danger imminent. Mais la quiétude ne rentra pas dans son jeune cœur, bien qu’elle écoutât, Dieu sait avec quel suprême désir d’être convaincue ! les paroles réconfortantes de Mme Chausey et de Madeleine. Au fond de l’âme, elle ne les croyait pas… Depuis quinze jours, ne lui avaient-elles pas caché la vérité !

Et Guy, son grand ami, avait fait de même… Comme c’était mal à lui de ne pas l’avoir avertie !

Aussi, quand il vint le soir, quand il fut près d’elle, isolé des autres, elle ne put retenir un cri de reproche, tout palpitant :

— Oh ! Guy, pourquoi ne m’avez-vous pas prévenue que mon père était malade, puisque vous le saviez ?

— Parce que je craignais de vous voir aussitôt vous tourmenter d’une façon excessive, comme vous le faites en ce moment, dit-il d’un ton d’affectueuse gronderie. Heureusement, Arlette, on peut être malade, très malade même, et se rétablir ensuite.

Elle plongea ardemment son regard dans celui de Guy pour voir s’il était sincère.

— Vous pensez bien ce que vous dites ?… Vous êtes sûr que mon père se rétablira ?… Vous me le promettez ?…

— Ma bien chère petite amie, personne au monde ne pourrait vous faire une semblable promesse… mais je l’espère autant que je le souhaite…

— Vous l’espérez seulement !…

Elle murmura ces mots, et deux grosses larmes glissèrent sur son petit visage altéré.