Elle inclina la tête avec un faible merci, toute tremblante d’émotion. Dieu ! qu’elle aurait voulu passer les dernières minutes toute seule avec lui qui, jusqu’au bout, se montrait pour elle l’ami le plus délicat, le plus attentif ! Qu’elle aurait eu besoin d’entendre encore ses paroles si affectueuses, pour accepter plus courageusement les tristesses de l’adieu et l’inquiétude qui l’étreignait au sujet de son père !… Désir irréalisable ! Tous, au contraire, l’entouraient, sa tante, Charlotte, Madeleine et même Pierre, l’accompagnant jusqu’au wagon où, déjà montée, Mlle Catherine disposait ses bagages.
— Allons, Arlette, monte, monte vite… Il est temps ! appela-t-elle.
L’enfant frissonna, et des larmes brûlantes roulèrent sur son visage tandis qu’elle recevait les baisers de sa tante et de ses cousines. Elle s’arrêta devant Guy. A lui, son grand ami, elle avait voulu dire adieu en dernier… Tous les autres, elle pouvait accepter de les quitter… Mais lui ! Quelque chose en elle se déchirait devant leur séparation…
— Adieu, Guy, murmura-t-elle ; et merci !
Sa voix s’étouffait.
— Non pas adieu ; au revoir, chère petite Arlette… Si vous ne nous revenez pas, j’irai vous chercher… Au revoir… chérie…
Mais ce dernier mot fut dit si bas qu’elle ne l’entendit pas. Il s’inclinait sur ses petites mains, et il y appuya ses lèvres si étroitement, qu’elle sentit leur chaleur à travers ses gants.
— En voiture, messieurs, on part…
Elle monta ; le train s’ébranlait. Une dernière fois, elle rencontra les yeux de Guy pleins de cette expression qui lui faisait battre le cœur… Près de lui, Mme Chausey, ses filles, lui adressaient des signes d’adieu, de seconde en seconde plus lointains… Dominant le groupe, se détachait encore la grande silhouette de Guy… Mais la silhouette s’effaça, elle aussi, devenant toujours plus petite dans la clarté blanche des foyers électriques… et puis, elle ne vit plus rien. Le train courait dans l’ombre.
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