La nuit, puis une interminable matinée s’étaient écoulées. Chaque nouvelle station marquait davantage l’approche de Douarnenez, et, à travers la vitre, Arlette regardait se dérouler les paysages bretons, jadis si familiers à sa vue comme les costumes pittoresques qui, maintenant, l’étonnaient presque, tant elle en était déshabituée. Mais elle n’éprouvait nulle joie à retrouver sa Bretagne tant aimée ; une seule pensée l’absorbait toute, jusqu’à l’angoisse, la maladie de son père, dont peu à peu elle entrevoyait la gravité à travers les réponses de Mlle Catherine.

Pourtant, emportée par un irrésistible désir d’être rassurée, elle demanda, anxieuse :

— Croyez-vous que papa aura pu venir à la gare, au-devant de nous ?

Mlle Catherine retint une exclamation trop expressive :

— Je ne le pense pas, ma petite enfant… Il est trop faible pour sortir.

Arlette n’insista pas. Auprès de Mlle Catherine, elle se sentait, maintenant, un peu dépaysée, — comme elle l’avait été le premier soir, à Paris, jusqu’au moment où Guy était venu à elle… Et puis une crainte enfantine l’envahissait à l’idée qu’elle allait retrouver Mme Morgane et Blanche… L’existence dont elle avait le maussade souvenir allait donc recommencer… Il lui faudrait encore, sans doute, batailler pour se défendre, entendre des paroles malveillantes, aigres, provocantes…

— Douarnenez ! Douarnenez ! annonçait la voix d’un invisible employé.

Malgré les paroles de Mlle Malouzec, malgré sa propre conviction, Arlette jeta un prompt coup d’œil sur le quai. Là, quelques mois plus tôt, elle s’était séparée de son père… Oh ! s’il avait été là pour la recevoir ! Mais il ne l’y attendait pas.

Ni Mme Morgane, ni Blanche même, n’étaient venues à sa rencontre. Seul, un visage ami lui souriait, tout épanoui de plaisir à son apparition, celui du capitaine, dont les petits yeux luisaient plus que jamais dans sa figure tannée.

— Arlette, est-ce bien vous ? fit-il ouvrant la portière. Je commençais à croire que tous ces Parisiens ne vous rendraient jamais à nous ! Attendez que je vous aide à descendre !