— Et, pendant ce temps, vous vous épuisiez pour les autres… Si j’avais été près de vous, je vous aurais empêché de donner ainsi toutes vos forces, et, aujourd’hui, vous ne seriez pas malade vous-même !

— Je vais aller mieux bientôt, mon Arlette, fit-il doucement, avec un étrange sourire qui se perdit dans l’ombre du crépuscule… Je ne souffrirai plus longtemps…

A peine elle entendit ses paroles, tant une épouvante l’envahissait, comme devant l’approche d’un inévitable malheur, tandis qu’elle considérait avidement le visage ravagé de son père. Avec une angoisse torturante, elle essayait de se persuader qu’il ne tarderait pas à se remettre ; mais, pareille à un glas, une pensée bourdonnait dans son cœur :

— Il est très malade. Est-ce que jamais il pourra redevenir comme autrefois ?

Et, dans un irrésistible cri de douleur, elle murmura :

— Oh ! père, pourquoi suis-je partie ?… Pourquoi vous ai-je laissé ?…

— Ne regrette jamais d’être partie… Tu entends, ma bien-aimée ?… Ne regrette rien… J’ai désiré qu’il en soit ainsi… et tout est bien… tout sera bien par la grâce du Dieu que tu pries avec tant de foi…

Il s’interrompit un peu ; puis, avec un faible sourire, s’arrêtant de caresser les cheveux de l’enfant, il dit :

— Nous ne nous occupons que de moi… et pourtant j’ai bien grand désir d’entendre ma petite fille me parler de son voyage, de ceux qui l’ont reçue et gâtée, à commencer par son cousin Guy, son grand ami… N’est-il pas vrai, chérie ?

Elle eut un sourd frémissement au nom de Guy, et, dans son souvenir, il se dressa brusquement, le regard arrêté sur elle avec l’expression qu’elle aimait tant…