Elle se pencha et mit un baiser tendre sur le visage bouleversé de l’enfant, dont elle devinait l’émotion. Haletante, Arlette franchit les marches de l’escalier menant chez le docteur. Elle ouvrit la porte et doucement, la voix presque brisée, elle dit :
— Père, c’est moi !
Puis, follement, elle courut à lui et se laissa glisser à genoux pour mieux appuyer sa tête sur la chère poitrine, pour recevoir des baisers pareils à ceux qu’elle donnait toute palpitante de tendresse, pour entendre la voix, inentendue depuis des mois, lui murmurer :
— Ma toute petite, ma bien-aimée, mon tout… Regarde-moi, Arlette, pour que je retrouve les yeux de mon enfant… Enfin !!
Elle releva la tête… et, à temps, elle arrêta un cri. On l’avait bien avertie que son père était changé, mais on ne le lui avait pas dit assez… Oh ! ces cheveux tout blancs ! Cette figure pâle et creusée, cet air de fatigue sans nom !… Et puis ce souffle entrecoupé qui soulevait sa poitrine !…
Rassemblant tout son courage, elle étouffa les sanglots qui lui montaient à la gorge, se souvenant qu’il fallait à tout prix éviter à son père les émotions violentes. Lui, la gardait serrée contre lui, broyé par la joie poignante qu’il éprouvait à la retrouver.
— Ma toute petite, répéta-t-il encore très bas, mon unique bien.
Avec une passion désespérée, elle murmura :
— Père, je vous adore !… Oh ! pourquoi m’avez-vous si longtemps laissée loin de vous !
— Parce qu’il le fallait, ma bien-aimée… Je ne voulais pas risquer de te voir tomber malade…