Il avait bien l’habitude de recevoir des bleus ; pourtant, il n’eut pas une seconde d’hésitation sur l’origine de celui-ci. Il arracha l’enveloppe et lut :

« Mon père est mort ce matin. Venez si vous pouvez, je vous en supplie.

« Arlette. »

Ainsi le malheur était accompli. L’enfant était orpheline ! Et une compassion infinie émut le cœur de Guy. Dans cet appel qui lui arrivait à travers la distance, il sentait un affolement de jeune créature frappée en plein cœur par une souffrance à laquelle il ne pouvait rien, qu’aucune puissance humaine ne pouvait écarter d’elle et sous laquelle il la devinait écrasée.

— Ma pauvre petite Arlette, ma précieuse enfant ! murmura-t-il, relisant encore une fois les quelques mots de la dépêche.

L’idée qu’elle souffrait lui était insupportable, mais, en même temps, une impression de douceur, presque de joie, lui pénétrait l’âme parce que, dans sa détresse, elle l’avait appelé, sûre qu’il viendrait… Rapidement, il consultait les heures des trains.

Puis, il pensa :

— Il faut que je prévienne Louise, au cas où elle ne le serait pas. Je n’ai que le temps avant de prendre le train de nuit.

Et, après avoir donné des ordres pour que ses bagages fussent prêts à l’heure dite, il se jeta en voiture. Mme Chausey venait de rentrer. Dès que son frère lui fut annoncé, elle parut, le visage ému, et dit tout de suite :

— Est-ce que tu sais ? En arrivant, je viens de trouver une dépêche. Le pauvre Yves Morgane a succombé ce matin… Quel coup ce doit être pour Arlette ! Je m’attendais à cette mort, et pourtant j’en suis bouleversée.

— Je viens de l’apprendre, moi aussi, et je pars ce soir…