— Tu pars !… Où cela ?
— A Douarnenez, naturellement.
Elle regarda son frère, stupéfaite. L’idée ne l’avait même pas effleurée qu’il pût songer à entreprendre un pareil voyage.
— Mais, Guy… y penses-tu ?
— Oui, j’y pense… Je trouve que nous ne pouvons rester bien paisibles dans notre Paris quand une enfant qui est devenue un peu nôtre, que nous disons aimer, est atteinte par une douleur comme celle qu’elle doit éprouver… Et comme le trajet de Paris à Douarnenez serait trop fatigant pour toi, comme ni Charlotte ni Pierre ne peuvent l’entreprendre, je le fais, moi qui n’ai que trop de temps à perdre.
Il y avait dans l’accent de Guy une âpreté inaccoutumée qui frappa Mme Chausey.
— Guy, qu’y a-t-il ?… Tu as quelque chose… Jeanne d’Estève s’en est aperçue tantôt… Elle me le disait toute à l’heure.
— Oh ! je t’en prie, Louise, laissons Mlle d’Estève. C’est une vraie obsession d’entendre ainsi sans cesse parler d’elle. Je lui serais, pour ma part, très reconnaissant de ne pas exercer son imagination sur mon compte. Que veux-tu que j’aie ?… Rien… sinon le regret constant d’avoir ma place marquée parmi les inutiles de ce monde, parmi ceux qui n’ont que la peine de vivre ! Il est vrai qu’à certaines heures cette peine peut compter !… Mais ce n’est guère le moment de nous livrer à des considérations philosophiques ou autres… Le temps presse… Louise, je te dis au revoir.
Toujours sérieuse, Mme Chausey interrogea :
— Resteras-tu longtemps à Douarnenez ?