MON COUSIN GUY

I

— Voyons, Guy, tu n’oublieras pas mes instructions ?… Tu n’oublieras pas que nous attendons une dépêche de toi pour prendre le chemin de Douarnenez, de façon à y être la veille du Pardon, répéta encore Mme Chausey à son frère, un beau grand garçon d’environ vingt-huit ans, très élégant d’allures, plus jeune qu’elle d’une quinzaine d’années, et que, pour cette raison, elle considérait un peu comme son fils aîné.

Sur le seuil du grand hôtel de Pont-Aven, ils étaient, attendant la voiture qui devait conduire Guy de Pazanne à la petite station de Quimperlé. Il s’était mis à rire gaiement aux recommandations de sa sœur.

— Louise, je t’en prie, ne m’en dis pas plus. Tu m’humilies avec ton peu de confiance en ma mémoire. Je te certifie que je serai à la hauteur de ma mission de fourrier ; que vous aurez « logis et couche molle », comme l’on dit en poésie, voiture pour le Pardon, etc., etc. Fiez-vous à moi pour cela !

— Le pouvons-nous vraiment, oncle ? lui glissa malicieusement une jeune fille blonde, svelte dans sa blanche toilette parisienne.

Près d’elle se tenait son fiancé ; et rien qu’à les voir à côté l’un de l’autre, il apparaissait de toute évidence que leur mariage ne pourrait être rangé parmi les « unions de convenance ».

Comme un écho, dans le cadre de la fenêtre, une autre jeune fille répétait gaiement :

— Vraiment, nous le pouvons, oncle ?

En manière de plaisanterie, elle lui donnait ce titre, car, d’ordinaire, fraternellement, ils s’appelaient tout simplement par leur nom de baptême.