— Vous le pouvez, mes nièces, je vous en donne ma parole sacrée. Aussi, jouissez en paix de vos dernières heures à Pont-Aven.

Et, se tournant vers les fiancés, il acheva drôlement :

— Jouissez-en, heureuses gens, pour qui Pont-Aven restera synonyme de lieu de délices, tant il vous apparaîtra toujours rempli des plus délicieux souvenirs !

— Voyons, Guy, ne te moque pas d’eux, fit Mme Chausey en riant ; sans quoi, prends garde, quand ton tour viendra…

— Quand il viendra !!!… J’imagine que ce sera si tard que nous serons tous alors des gens trop rassis pour avoir la moindre tentation de plaisanter ou de nous moquer les uns des autres !

— « Ils sont trop verts », Guy, lança gaiement Charlotte, la fiancée. Si Jeanne d’Estève était ici, feriez-vous encore de semblables déclarations, mon oncle, mon cher oncle ?

— Chi lo sa ?… Peut-être, en effet, que l’occasion, la délicieuse verdure de Pont-Aven, l’influence du ciel breton, de toutes les coiffes bretonnes, de… que sais-je encore ? Peut-être que tout cela réuni opérerait sur moi de façon à me faire risquer une déclaration décisive à la belle Jeanne, mais…

— Mais, interrompit Mme Chausey, pour l’instant, tu dois songer, non à conquérir la dame de tes pensées, mais bien à nous faire tes adieux et à partir ; sans quoi, tu manqueras ton train, et tu sais que…

— Que je dois vous chercher à Douarnenez domicile, voiture et le reste. Louise, je t’assure que je n’ai pas besoin que tu me le répètes encore. Je me sauve… Voici justement mon véhicule qui approche.

Il était peu élégant ce véhicule, une espèce de petite carriole boiteuse et cahotante, conduite par un pâle Breton à face maigre sous son feutre à larges bords dont la brise faisait ondoyer les rubans. Peu élégant, en vérité ; et Guy l’enveloppa d’un coup d’œil amusé, tandis que, dans son esprit, passait, fugitive, la vision du fringant attelage qu’il conduisait au Bois, chaque jour, à Paris.