Cette accusation était un jugement téméraire. Voici que, soudainement, le capitaine en recevait la preuve, car sur le seuil de la maison apparaissait, en cette minute, une mince personne qui descendait en courant les marches du perron et traversait de même le jardin inondé de soleil.
— Capitaine, bonjour ! criait-elle gaiement.
— Comment ! c’est vous ? bien vous, petite reine ? Je croyais que vous m’oubliiez tout à fait, que vous alliez partir pour le Pardon sans faire la charité d’un bout de visite à votre vieil ami !
Et, dans ses deux grosses mains, il emprisonnait toute la main d’Arlette.
— Si vous avez cru pareille chose, capitaine, vous êtes un ingrat ! Seulement, je suis bien sûre que vous ne l’avez pas cru, ce serait trop mal ! Tout à l’heure, nous partons pour Kergoat… Mais je me suis échappée pour venir vous trouver. Il y avait trop longtemps, vraiment, que je ne vous avais vu ! Aussi, regardez comme j’ai chaud de m’être tant dépêchée pour courir jusqu’ici !
Elle levait vers lui son jeune visage qu’une ondée de sang empourprait plus vivement aux joues. Vers la racine des cheveux fous, moussant autour des tempes, la peau était toute moite. M. Malouzec en fut inquiet.
— Mon petit enfant, il ne fallait pas vous mettre à cause de moi dans un pareil état ! J’aurais bien attendu un jour de plus pour que vous ayez recouvré toute votre liberté. C’est demain, n’est-ce pas, que repart la famille Chausey ?
— Je ne sais pas bien au juste ! Oh ! capitaine, je voudrais les voir rester ici toujours ! C’est si charmant de les avoir ! Et surtout pendant que Mme Morgane est absente !
— Comme vous vous éprenez vite, Arlette ! fit-il, remué par un vague sentiment de jalousie.
— Mais, capitaine, ils sont tellement aimables pour moi ! même le fiancé de Charlotte !… Un officier, vous savez, et tout à fait bien !… Il a l’air enchanté d’épouser Charlotte !