— Oui !… Mais, mon Dieu ! je n’y pensais pas… Mon père, lui, ne pourrait venir ! Et il est impossible que je le quitte… Je sais qu’il serait triste sans « sa petite enfant », comme il m’appelle ; et je ne veux pas qu’il soit triste à cause de moi !

— Eh bien, nous l’arracherons à ses malades, voilà tout ! déclara Guy d’un ton de bonne humeur, désireux de ramener la gaieté sur le jeune visage assombri. De cette façon, vous n’aurez aucun prétexte pour nous refuser votre visite !

— Croyez-vous vraiment que père consentira à laisser ses malades se guérir seuls ? interrogea-t-elle ardemment.

— Mais oui… Il… il se fera remplacer par un confrère complaisant… Et tout s’arrangera à merveille !

Comme une enfant, elle battit des mains :

— Oh ! ce sera délicieux ! Nous serons si bien, lui et moi, seuls tous les deux avec vous, sans avoir à craindre d’être grondés par Mme Morgane !

Ils se mirent à rire de cette manifestation de la joie d’Arlette. Mais elle n’y prit pas garde. La soudaine perspective de ce voyage lui était si séduisante qu’elle en oubliait un instant son regret de voir la journée s’achever…

Maintenant, le break s’engageait dans Douarnenez, tout animé par le retour du Pardon, et approchait de la maison du docteur. Une voiture était arrêtée devant la porte, et le jardinier en descendait des malles.

— Mon Dieu ! fit Arlette, saisie, est-ce que par hasard ce serait déjà Mme Morgane qui reviendrait ?…

Elle sauta hors du break et entra dans le jardin. Devant le perron, une grande femme, d’aspect assez vulgaire, parlait d’un ton sec et rude à Anaïk, qui avait baissé pavillon et recevait, sans protester, la grêle de mots tombée sur elle ; semonce que paraissait approuver une lourde jeune fille immobile, un panier dans les mains.