— Où est ta sœur ?
Elle s’arrêta sur le seuil, la figure maussade.
— Je ne sais pas… Elle est toujours dehors. Après tout, je crois qu’elle est chez Mlle Malouzec.
Le docteur ne répondit pas tout de suite. Il songeait, enveloppant du regard cette fillette de quinze ans qui avait déjà la stature d’une femme et se tenait, devant lui, raide et compassée, presque bourrue, sans un éclair dans ses yeux d’un gris terne. Était-ce donc sa faute à lui, si elle se montrait ainsi avec lui, sans abandon ni tendresse ? Pourtant, il avait été bon père pour elle… Même, quand elle était toute petite, il avait cherché à pénétrer dans cette âme fermée, à ouvrir cette intelligence un peu lente, sans envolées ni aspirations ; il s’était efforcé de rapprocher l’une de l’autre les deux sœurs, de natures si différentes… Peine perdue. Blanche était restée la même, se révélant peu à peu tout à fait semblable à sa mère… Pensif, il demanda encore :
— Pourquoi ne vas-tu jamais chez Mlle Malouzec avec ta sœur ?
Carrément, elle répondit de sa voix nette :
— Parce que je m’y ennuie… Elle et Arlette causent toujours ensemble de choses qui ne m’intéressent pas, de fleurs, de livres, de pauvres. Est-ce que je sais ?… J’aime mieux rester à travailler avec maman.
Toujours debout dans le cadre de la porte ouverte, elle avait l’air d’attendre qu’il la laissât s’éloigner. Il devina son secret désir.
— Je ne te retiens pas, mon enfant. Tu peux aller travailler.
— Pas maintenant ; maman m’attend dans le salon pour voir M. le recteur.