— Oui, j’ai reçu une lettre de Mme Chausey qui réclame ta présence au mariage de ta cousine Charlotte.

— Vrai ? ma tante vous a écrit cela ? Et elle me demande pour de bon ? sérieusement ?

L’ombre d’un sourire passa sur les lèvres du docteur, tant cette joie naïve d’Arlette était bienfaisante à voir, — pareille à la flambée claire du foyer qui réchauffe un pauvre être glacé.

— Elle t’invite pour tout de bon, et avec tant d’amabilité que je suis tout prêt à te confier à elle, si tu le veux !

— Oh ! si je le veux !

Elle s’arrêta court, anxieuse, devant une crainte subite.

— Papa, pourquoi dites-vous « me confier » ? Est-ce que vous ne viendriez pas avec moi ?

— Ce ne serait pas possible, mon enfant chérie. Je ne peux pas quitter Douarnenez ; tu le sais bien.

— Et vous m’enverrez vivre là-bas à Paris, toute seule ! Oh ! père, c’est impossible ! je ne veux pas vous quitter, jamais, jamais !… Je ne veux pas et je ne peux pas ! Qu’est-ce que nous ferions l’un sans l’autre, nous qui ne nous sommes jamais séparés ?

D’un brusque élan, elle s’était jetée vers son père, se serrant contre lui dans cette attitude enfantine qui lui était familière. Et, une seconde, ils restèrent également silencieux, également chers l’un à l’autre, bien unis dans cette solitude embrumée déjà par l’approche du crépuscule d’hiver. Le docteur posa sa main sur la jeune tête appuyée sur son cœur palpitant de tendresse et dit, avec un effort pour mettre un peu de gaieté dans son accent :