— Nous ne nous quitterions pas bien longtemps, mon aimée. Nous nous écririons beaucoup, de si longues lettres que ce serait presque comme si nous causions ensemble !
— Cela vous suffirait, père ?… Vous n’auriez pas de peine de me savoir loin de vous ?
— Je serais avant tout heureux, ma chérie, de te savoir dans une famille toute disposée à te témoigner beaucoup d’affection. Rappelle-toi combien, tout de suite, ta tante s’est montrée charmante pour toi…
— Oui, c’est vrai…
Elle murmura ces mots d’une voix rêveuse. La main toujours glissée sous le bras de son père, elle avançait auprès de lui, qui avait repris sa marche vers la chaumière basse de Ploumar’ch où il allait, maintenant toute proche.
— Oui, ils ont été bons, très bons, ma tante, mes cousines, et lui aussi… Guy !
— Et ils le seraient encore. Ils feraient voir à mon Arlette un coin de ce monde qu’elle a si grande envie de connaître ! Ils transformeraient ma petite sauvage en une vraie jeune fille.
— Oh ! père, ce ne serait pas possible… Jamais je n’arriverai à ressembler à Charlotte et à Madeleine ; elles sont trop bien !
Le docteur eut un pâle sourire devant cet humble aveu, devinant le mystérieux travail qui s’accomplissait dans cette âme juvénile, troublée par les soudaines perspectives dressées devant elle. Pensive, elle demandait :
— Père, si votre « petite » allait sans vous à Paris, vous ne vous ennuieriez pas d’elle, réellement ?