Aller à Paris ! Ces trois mots bourdonnaient dans son jeune cerveau, et ils y éveillaient toute sorte d’images incertaines et confuses, tandis qu’elle demeurait les yeux perdus vers l’horizon gris. C’était comme si, tout à coup, un pli de l’impénétrable rideau qui lui fermait le monde se fût soulevé brusquement, laissant filtrer jusqu’à elle un rayon de lumière inconnue. Derrière ce rideau, qu’y avait-il ?
Une voix près d’elle la fit tressaillir… celle de son père, qui sortait de la chaumière et interrogeait doucement :
— A quoi pense mon Arlette, d’un air si grave ?
Une rougeur courut sur les joues de l’enfant, soudain arrachée à sa vague songerie.
— Je pense au voyage dont vous m’avez parlé…
— Est-ce donc qu’il t’effraye ? Préférerais-tu y renoncer ?
— Oh ! non, fit-elle avec une sorte de hâte.
Elle aurait eu, à cette minute, un regret extrême de voir se clore hermétiquement le mystérieux rideau.
— Non… Père, désirez-vous que j’aille à Paris ?
Il hésita une seconde, rassemblant toute sa volonté pour que sa voix ne tremblât pas.