— Et vous êtes alerte à l’avenant, vous, petite fille. Je me souviens de la jeune personne en rose qui montait en courant un chemin de falaise à Douarnenez… Allons, marchons, puisque cela vous amuse. Vous m’avez fait la grâce de m’accepter pour cavalier, je dois vous obéir, n’est-il pas vrai ? Si vous avez eu plus de vaillance que de force, nous trouverons toujours bien un véhicule quelconque pour nous recueillir.
Et ainsi nous sommes partis tous trois, après avoir fait nos adieux, — moi, du moins, — à la cathédrale, qui me paraissait plus imposante encore, sa grande silhouette de pierre tout habillée d’ombre… Nous avons d’abord suivi la Seine, criblée de flammes rouges aussi fuyantes que des feux follets ; des bateaux-mouches, m’a expliqué Guy, comme je lui confiais mon impression.
Là-dessus, il s’est mis à me questionner, non pas du tout en curieux, mais avec un intérêt qui ouvrait mon cœur autant que mes lèvres, sur ma vie à Douarnenez, sur ce que je faisais, je lisais, j’aimais, etc. J’étais tellement contente de parler de mon pays, que j’ai commencé à bavarder comme je le fais avec le capitaine. A la façon dont Guy m’interrogeait, me répondait, j’étais sûre que je ne l’ennuyais pas ; mais, au son de sa voix, je devinais bien qu’en m’écoutant il avait dans les yeux cette lueur de curiosité et d’amusement que je commence à connaître, mais qui ne me fâche plus, maintenant qu’il est mon grand ami. La nuit était complète, et si pure, que j’ai pu lui montrer l’étoile qui est mon habituelle confidente, celle à qui je raconte mes idées folles, mes désirs, mes espérances, quand je ne les dis pas à mon autre fidèle amie, la mer. Ces confidentes-là, au moins, m’écoutent toujours, sans me répondre au nom de la morale.
— Et vous n’aimez pas la morale ?
— Oh ! non ! Pas plus que je n’aimerais une vieille personne grognon, sévère, grondeuse, qui jetterait toujours des obstacles entre moi et les choses qui me tentent.
— Peut-être les choses défendues vous tentent-elles plus que les autres ?
— Mais, bien sûr !… Aussi, quelles tempêtes se sont élevées entre Mme Morgane et moi ! Surtout quand ses défenses étaient injustes… Mais, pour éviter d’être arrêtés par elle dans nos intentions, nous faisions toujours bien vite, les garçons et moi, ce que nous avions en tête. Après, on voyait…
— Qu’est-ce qu’on voyait ?
— Les yeux foudroyants de Mme Morgane, et on l’entendait fulminer un peu contre les garçons et beaucoup contre ma pauvre personne, qui recevait tous les noms. Un jour, elle m’a appelée « suppôt de Satan ». Je ne savais pas trop ce que ce drôle de nom pouvait dire… J’ai cherché dans mes livres de contes, de légendes, etc. Je n’ai pas trouvé d’explication. Qu’est-ce qu’il signifiait ?
— Rien du tout ! C’est une expression sans tête ni queue, m’a vertement répliqué Guy.